La Philosophie du Réciprocisme cyclique : La théorie révolutionnaire du Réciprocisme cyclique

La Philosophie du Réciprocisme cyclique : La théorie révolutionnaire du récursivisme rétroactif


Chapitre 9. La théorie révolutionnaire du Réciprocisme cyclique

Section 1. La structure fondamentale de la révolution

Dans le Réciprocisme cyclique, la révolution est décrite comme une transformation sociale au cours de laquelle le processus par lequel le sens se forme entre l’individu et la société, est externalisé, interprété, puis réinjecté dans la société ne fonctionne plus selon les modalités existantes. La structure fondamentale liée à la révolution est la suivante.

Réalité → système de sens existant → externalisation du sens → interprétation individuelle → confrontation avec la réalité → modification de la confiance dans le système de sens → modification de l’attitude individuelle → rétroaction sociale

Ainsi, la révolution ne s’explique pas simplement par l’ampleur du mécontentement. La question centrale est de savoir si le système de sens existant peut continuer à expliquer et à maintenir la réalité.

Section 2. Les conditions du déclenchement de la révolution

Le présupposé de la révolution est l’écart entre le système de sens existant et la réalité.

Changement de la réalité → incompatibilité avec le système de sens existant → doutes répétés à l’égard du système de sens existant → affaiblissement de la confiance dans le sens existant → perte de fonction du système de sens → nihilisme·anomie

Autrement dit, lorsque le système de sens qui fonctionnait dans la société ne parvient plus à maintenir une cohérence avec la réalité vécue par les individus, le fondement sémantique de l’ordre existant s’affaiblit. Il est ici important de distinguer le simple mécontentement de l’effondrement du système de sens. L’existence du mécontentement et l’incapacité du système de sens existant à traiter la réalité ne sont pas une seule et même chose.

Section 3. L’absurde et la crise révolutionnaire

Dans le Réciprocisme cyclique, l’absurde n’est pas simplement un état dans lequel le monde ne répond pas. L’absurde est un état dans lequel le monde présente activement sa propre réponse à l’être humain et, lorsque celui-ci la refuse, lui impose cette réponse par la violence, provoquant ainsi l’effondrement de ses significations et de ses interprétations existantes.

Au niveau social, le processus suivant apparaît donc :

Réalité → conflit avec le système de sens existant → tentative du système de sens existant de maintenir sa propre légitimité → intensification du conflit entre réalité et sens → effondrement de la cohérence entre le sens existant et la réalité

Lorsque ce processus s’accumule, une crise révolutionnaire se forme.

Section 4. Nihilisme et anomie

Le nihilisme n’est pas simplement la proposition : « La vie n’a pas de sens. » Dans le Réciprocisme cyclique, le nihilisme est l’état dans lequel les significations et interprétations existantes au sein de l’être humain se sont effondrées parce qu’il ne peut accepter le sens et l’interprétation imposés violemment par le monde.

Ainsi :

Absurde → effondrement du système de sens existant → effondrement de l’interprétation existante → nihilisme

Au niveau social, l’affaiblissement de la fonction des normes, valeurs et significations existantes → l’effondrement des critères communs → l’anomie apparaissent.

Ainsi, la crise révolutionnaire est comprise comme un processus au cours duquel la fonction sociale du système de sens s’affaiblit à grande échelle.

Section 5. Les conditions de l’échec de la révolution : externalisation du sens → récupération du droit d’interprétation → interprétation autonome → retrait

Le simple fait que le système de sens existant soit ébranlé ne signifie pas nécessairement qu’une révolution se produira. Dans le Réciprocisme cyclique, il faut distinguer l’externalisation du sens de l’externalisation de l’interprétation. L’individu peut recevoir un sens de l’extérieur.

Cependant, il n’a pas pour autant transféré à l’extérieur le droit de décider :

« Cela correspond-il à la réalité effective ? »
« Est-ce cohérent avec ma réalité ? »

Ainsi, la voie suivante est possible :

Externalisation du sens → confrontation avec la réalité → récupération du droit d’interprétation → interprétation autonome → réinterprétation·transformation·modification du système de sens existant → maintien·transformation du système de sens existant ou rejet·retrait

Dans ce cas, l’individu peut refuser le système de sens existant sans participer à la révolution.

Section 6. Le désengagement existentiel et l’échec de la révolution

Si l’individu qui a récupéré son droit d’interprétation juge :

« Ce système est pourri et ne me fournit aucun sens. »

il n’est pas nécessaire qu’il choisisse de renverser le système.

Il est au contraire possible de suivre la voie :

Récupération du droit d’interprétation → retrait des attentes à l’égard du système → désengagement sémantique vis-à-vis du système → stratégie individuelle de survie → chacun pour soi·dépolitisation

Cela est appelé atterrissage existentiel en douceur ou désengagement existentiel.

Le point essentiel est :

La perception critique du système et le renversement du système ne sont pas une seule et même chose.

Section 7. Le paradoxe de la récupération de la subjectivité

Du point de vue centré sur les révolutionnaires, on peut attendre le lien suivant :

Prise de conscience du système de sens dominant → récupération du droit d’interprétation → restauration de la subjectivité → révolution

Cependant, dans le Réciprocisme cyclique, ce lien n’est pas nécessaire.

L’individu qui a restauré sa subjectivité peut choisir :

la révolution

mais aussi :

le désengagement vis-à-vis du système

l’adaptation individuelle

chacun pour soi

la dépolitisation

Ainsi :

La restauration de la subjectivité n’est pas une garantie de la révolution. Au contraire, lorsque l’individu récupère son droit d’interprétation, il ne se contente pas d’accepter tel quel le système de sens proposé par les révolutionnaires ; il peut l’interpréter lui-même en fonction de sa propre réalité, le transformer·le modifier ou, si nécessaire, le rejeter et se retirer du système de sens existant et du camp politique.

Section 8. Le mécanisme de la « gauche aisée des quartiers bourgeois » et de la trahison de classe

Cette structure est liée à des phénomènes tels que la gauche aisée des quartiers bourgeois ou la trahison de classe. Le point essentiel est la séparation entre l’externalisation du sens et la récupération du droit d’interprétation.

Structure :

Externalisation du système de sens existant → utilisation de ce sens par l’individu dans sa propre réalité → confrontation continue avec la réalité → récupération du droit d’interprétation → réévaluation du système de sens existant → transformation·modification ou retrait du système de sens

Ainsi, le fait qu’un individu ayant autrefois accepté un système de sens externe transforme ou modifie ensuite ce système selon sa propre manière, puis se retire du camp politique existant ou, si nécessaire, abandonne le système de sens lui-même, ne peut pas être considéré uniquement comme une simple contradiction. En effet, l’acte d’accepter un sens et l’acte de décider de continuer ou non à accepter ce sens sont deux choses distinctes.

Dans la structure présentée par le texte original, ce retrait peut conduire à :

désengagement sémantique vis-à-vis du système → adaptation individuelle → dépolitisation

Section 9. Séparation entre les conditions de classe et le choix politique

La position de classe ou la position sociale ne fixe pas de manière permanente le choix politique.

La structure du Réciprocisme cyclique est :

Conditions concrètes → expérience de la réalité → externalisation du sens → récupération du droit d’interprétation → confrontation avec sa propre réalité → réinterprétation·transformation·modification ou rejet du système de sens existant → possibilité de retrait politique

Ainsi, la position de classe et la subjectivité politique ne sont pas identiques.

Dans cette structure, la trahison de classe s’explique par le processus suivant :

Externalisation du sens → récupération du droit d’interprétation → réévaluation de la cohérence avec la réalité → transformation·modification ou rejet du système de sens → retrait du camp existant

Section 10. La logique stratégique de la création d’un environnement révolutionnaire

Dans le Réciprocisme cyclique, la proposition stratégique centrale concernant la création d’un environnement révolutionnaire est :

Détruire d’abord la confiance dans le système de sens existant plutôt que d’injecter immédiatement un nouveau sens.

Cette structure peut être résumée ainsi :

Critique du système de sens existant → exposition répétée du fait que ce système de sens ne correspond pas à la réalité → effondrement de la confiance dans le système de sens existant → retard dans l’établissement immédiat d’un sens alternatif → vide de sens → nihilisme·anomie

Le point essentiel est ici de ne pas traiter la destruction du système de sens existant et la présentation d’un nouveau système de sens comme une seule et même étape.

Section 11. La critique sans alternative et l’environnement révolutionnaire

Dans le Réciprocisme cyclique, le cœur logique de la création d’un environnement révolutionnaire est :

Critique du système de sens existant → effondrement de la confiance dans le système de sens existant → absence de stabilisation immédiate d’un sens alternatif → vide de sens → nihilisme·anomie

Autrement dit, cela diffère de la méthode consistant, comme dans l’éducation révolutionnaire traditionnelle, à créer directement :

Nouveau sens → éducation → conscientisation → nouveau sujet politique

Ici, le processus consistant d’abord à :

faire en sorte que le système de sens existant ne puisse plus fonctionner comme critère permettant d’expliquer la réalité

est essentiel. Dans le texte original, cela est présenté sous la forme stratégique de la « destruction du système de sens existant sans sens alternatif ».

Section 12. Opposition au modèle de l’éducation révolutionnaire et de la projection

La structure mise en contraste dans le texte original est la suivante.

Modèle de l’éducation révolutionnaire et de la projection

Éducation idéologique → élévation de la conscience → projection → organisation → mobilisation

Modèle du Réciprocisme cyclique de création d’un environnement révolutionnaire

Exposition de l’inadéquation du système de sens existant à la réalité → effondrement de la confiance dans le système de sens existant → retard dans l’établissement immédiat d’un sens alternatif → vide de sens → nihilisme·anomie → recherche ultérieure d’un nouveau sens

Autrement dit :

Fournir d’abord un nouveau sens

et

faire d’abord s’effondrer le système de sens existant

sont distingués.

Section 13. Le vide de sens après la révolution et la recherche d’un nouveau sens

Lorsque la révolution renverse l’ordre existant, le système de sens existant s’affaiblit également.

Il en résulte :

Effondrement du système de sens existant → vide de sens → nihilisme·anomie → recherche d’un nouveau sens → apparition d’une nouvelle alternative

L’être humain recherche une nouvelle alternative parce qu’il a besoin de sens. Un nouveau sens n’a pas nécessairement besoin d’être créé à partir de rien.

Ce qui existe déjà dans la société et dans l’histoire, tels que :

idéologies

religions

communautés

identités

objectifs politiques

explications d’un nouvel ordre social

etc., peuvent fonctionner comme de nouveaux systèmes de sens.

Section 14. L’externalisation du sens après la révolution

Lorsqu’un nouveau sens apparaît, l’externalisation du sens redevient possible.

La structure est :

Nihilisme·anomie → recherche d’un nouveau sens → un groupe politique particulier fournit un nouveau système de sens → externalisation du sens par les masses → dépendance sémantique à l’égard d’un groupe politique particulier → élargissement de l’influence politique

Ainsi, la question centrale après la révolution est :

« Qui remplace le sens existant qui s’est effondré ? »

Section 15. Externalisation du sens et prise de contrôle de la révolution

Lorsqu’un groupe politique particulier devient le fournisseur d’un nouveau système de sens et que les masses externalisent ce sens :

Vide de sens → fourniture d’un nouveau sens → externalisation du sens → dépendance sémantique à l’égard d’un groupe politique particulier → concentration de l’influence politique → possibilité de prendre le contrôle de la direction et du résultat de la révolution

Ainsi, l’organisation et la finalisation ne constituent pas le même problème que le déclenchement de la révolution. L’organisation et l’objectif n’ont pas nécessairement à être achevés avant la révolution ; ils peuvent fonctionner pour remplir le vide de sens apparu après la révolution et pour prendre le contrôle de ses résultats.

Section 16. Séparation entre révolution et prise du pouvoir

Dans cette structure, on distingue :

Déclenchement de la révolution

Effondrement du système de sens existant → vide de sens → nihilisme·anomie → effondrement·recomposition de l’ordre social à grande échelle

Prise du pouvoir après la révolution

Vide de sens → fourniture d’un nouveau sens → externalisation du sens → élargissement de l’influence sémantique d’un groupe politique particulier → prise du pouvoir

Ainsi :

Le mécanisme qui provoque la révolution et le mécanisme qui prend le contrôle du résultat de la révolution après celle-ci ne sont pas identiques.

Section 17. Maintien du système et désalignement politique

Le Réciprocisme cyclique analyse non seulement le déclenchement de la révolution, mais également son échec et le maintien du système selon la même logique. Le système n’a pas besoin d’exiger une loyauté fervente des masses.

Lorsque les masses passent par :

retrait des attentes sémantiques à l’égard du système → récupération du droit d’interprétation → formation d’un système de sens individuel → adaptation individuelle → chacun pour soi·dépolitisation

l’action politique collective peut s’affaiblir. Ainsi, le cynisme et le désengagement des masses eux-mêmes peuvent constituer un amortisseur de la stabilité du système : tel est le paradoxe de la théorie.

Section 18. Le mécanisme d’atterrissage en douceur du maintien du système

Une forme de maintien du système consiste à fournir aux masses un espace leur permettant de se désengager sémantiquement du système.

Cette structure peut être résumée ainsi :

Affaiblissement des attentes politiques → déplacement du sens vers la vie individuelle → concentration sur les désirs privés·la vie·la subsistance → affaiblissement de l’action politique collective → continuité du système

Le texte original interprète les activités économiques privées·la consommation·les divertissements numériques·le cynisme apolitique en Chine et en Russie comme des exemples de cette dispersion du sens politique et de cet atterrissage en douceur.

Section 19. Filet de sécurité minimal et échec de la révolution

Le texte original présente également une forme d’amortissement plus réaliste.

Mécontentement des masses → fourniture d’une base minimale de survie et de vie quotidienne → apparition de choses que l’individu peut perdre → concentration du sens sur la vie individuelle → affaiblissement de l’action collective révolutionnaire → stabilité du système

Les salaires et les possibilités de choix politiques au moment de Mai 68, les assurances sociales de Bismarck et la NEP soviétique sont reliés comme exemples de cet atterrissage en douceur. Ce qui est important dans cette structure, c’est de fournir non pas une persuasion des masses par une nouvelle idéologie, mais une base concrète et réaliste permettant aux individus de se retirer de l’action collective existante.

Section 20. L’hégémonie de Gramsci et l’externalisation du sens

Le Réciprocisme cyclique présente certains points de contact avec l’hégémonie de Gramsci.

Si Gramsci explique le processus par lequel les valeurs et la vision du monde de la classe dominante sont acceptées comme le « sens commun » de la société, le Réciprocisme cyclique peut le réinterpréter comme :

Fourniture du sens depuis l’extérieur → externalisation du sens → individu utilisant ce sens

Cependant, la différence fondamentale est la suivante :

Le fait d’avoir reçu un sens de l’extérieur ne signifie pas que le droit d’interprétation a également été transféré à l’extérieur.

L’individu peut à tout moment confronter ce système de sens à sa propre réalité, le réinterpréter et s’en retirer.

Section 21. La guerre de position de Gramsci et l’effondrement du système de sens

La guerre de position de Gramsci est présentée comme une stratégie visant à transformer à long terme les structures culturelles et idéologiques présentes dans la société civile.

Dans le Réciprocisme cyclique, on distingue ici :

Injecter une nouvelle doctrine dans les masses

et

faire s’effondrer la confiance dans le système de sens existant.

Ainsi, le cœur de l’environnement révolutionnaire s’explique par la direction suivante :

Système de sens existant → exposition de l’écart avec la réalité → affaiblissement de la confiance dans le système de sens → perte de fonction du sens existant → vide de sens

Le texte original relie la guerre de position et le concept de crise de Gramsci à cet effondrement du système de sens, en portant l’attention sur le processus d’affaiblissement du fondement sémantique maintenu par le système existant.

Section 22. Les limites du révolutionnaire-centrisme

Du point de vue du Réciprocisme cyclique, une critique importante consiste à ne pas identifier l’interprétation autonome des masses à l’interprétation des révolutionnaires.

Lorsque les révolutionnaires disent :

« Faisons en sorte que les masses se détachent du système de sens existant. »

si les masses récupèrent effectivement leur droit d’interprétation, elles peuvent au contraire réévaluer jusqu’au :

nouveau système de sens fourni par les révolutionnaires.

Ainsi, il n’existe pas seulement :

Récupération du droit d’interprétation → acceptation du système de sens des révolutionnaires

mais également :

Récupération du droit d’interprétation → réinterprétation·transformation·modification du système de sens des révolutionnaires → retrait du système de sens existant ou du camp politique

C’est pourquoi le fait que les révolutionnaires aient éclairé les masses ne garantit pas que celles-ci se déplaceront nécessairement dans la direction politique souhaitée par les révolutionnaires.

Section 23. Formation et retrait du sujet révolutionnaire

Dans le Réciprocisme cyclique, le sujet révolutionnaire n’est pas une réalité de classe fixe.

Les masses peuvent répéter :

acceptation du sens → interprétation → confrontation avec la réalité → modification du sens → retrait → nouvelle acceptation du sens

Ainsi, une personne peut être révolutionnaire puis devenir non révolutionnaire, et inversement, un individu non révolutionnaire peut se déplacer vers une position de sujet révolutionnaire à travers le conflit entre une nouvelle réalité et le sens. L’essentiel est que l’état du sujet n’est pas fixe et qu’il change selon la rétroaction du sens et de l’interprétation.

Section 24. La possibilité de la révolution dans les sociétés avancées

Dans le Réciprocisme cyclique :

Abondance matérielle ≠ achèvement du système de sens

Lorsque la société se développe, de nouvelles réalités et de nouvelles expériences apparaissent.

Il peut alors se produire à nouveau :

Nouvelle réalité → nouvel écart avec le système de sens existant → interprétation → modification du sens → formation d’un nouveau sens → rétroaction vers la société

Ainsi, même dans les sociétés avancées, la possibilité d’un changement révolutionnaire ne disparaît pas. Les enjeux de la révolution peuvent changer selon les époques.

Dans les sociétés où la survie et la distribution constituaient les enjeux essentiels, les problèmes matériels sont importants, mais dans une nouvelle société :

autonomie

dignité

identité

reconnaissance

mode de vie

relations sociales

équité institutionnelle

etc. peuvent devenir des points de conflit entre le nouveau système de sens et la réalité.

Section 25. La double voie du déclenchement et de l’échec de la révolution

Échec de la révolution

Externalisation du sens → confrontation avec la réalité → récupération du droit d’interprétation → interprétation autonome → réinterprétation·transformation·modification du système de sens existant → rejet du système de sens existant ou retrait du camp politique → désengagement sémantique vis-à-vis du système → reconstruction du sens individuel → chacun pour soi·dépolitisation → échec de la révolution

Révolution

Écart persistant entre le système de sens existant et la réalité → effondrement de la confiance dans le système de sens existant → absurde → effondrement du sens et de l’interprétation → nihilisme·anomie → recherche d’un nouveau sens → apparition d’une nouvelle alternative → acceptation·réinterprétation·transformation du nouveau sens → reconstruction collective du sens → rétroaction sociale → recomposition à grande échelle de l’ordre existant

Section 26. Articulation entre la création d’un environnement révolutionnaire et la prise du pouvoir après la révolution

Le mécanisme révolutionnaire global peut être résumé ainsi.

A. Affaiblissement de l’ordre existant

Système de sens existant → divergence avec la réalité → critique continue → effondrement de la confiance → vide de sens

B. Environnement révolutionnaire

Vide de sens → nihilisme·anomie → affaiblissement de la fonction de légitimation de l’ordre social existant → élargissement de la possibilité de recomposition sociale

C. Après la révolution

Effondrement de l’ordre existant → recherche d’un nouveau sens → apparition d’un sens alternatif → fourniture d’un sens par un groupe politique particulier → externalisation du sens → élargissement de l’influence politique → prise de contrôle de la direction et du résultat de la révolution

Section 27. Séparation fonctionnelle entre tactique révolutionnaire et prise du pouvoir

Dans le Réciprocisme cyclique, il est important de distinguer ces deux éléments.

Création d’un environnement révolutionnaire

effondrement de la confiance dans le système de sens existant

Prise du pouvoir après la révolution

fourniture d’un nouveau système de sens

externalisation du sens

Ainsi, la fonction consistant à détruire le sens existant et la fonction consistant à fournir un nouveau sens sont différentes. Et lorsque, après la révolution, un groupe politique particulier fournit aux masses un nouveau sens et que ce sens est externalisé, ce groupe peut organiser le résultat de la révolution selon sa propre orientation politique.

Section 28. Proposition fondamentale du Réciprocisme cyclique sur la révolution

La révolution n’est pas simplement un phénomène dans lequel les masses éprouvent beaucoup de mécontentement. C’est un phénomène dans lequel le système de sens existant perd sa cohérence avec la réalité, sa confiance et sa fonction s’effondrent, produisant l’absurde et le nihilisme·l’anomie ; puis, au cours du processus par lequel les individus et les groupes réinterprètent le système de sens existant ou s’en retirent, un nouveau système de sens se forme et rétroagit vers la société, entraînant une recomposition à grande échelle de l’ordre existant.

De plus :

L’externalisation du sens et l’externalisation du droit d’interprétation ne sont pas identiques. Ainsi, même après avoir reçu un sens de l’extérieur, l’individu peut récupérer son droit d’interprétation, se retirer de ce système de sens, ce qui peut conduire à l’échec de la révolution et au maintien du système.

À l’inverse, si la révolution provoque effectivement l’effondrement de l’ordre existant :

une demande de nouveau sens apparaît et, lorsqu’un groupe politique particulier devient le fournisseur de ce nouveau sens et devient l’objet de l’externalisation du sens par les masses, ce groupe politique peut prendre le contrôle de la direction et du résultat de la révolution.

Section 29. Schéma synthétique du déclenchement, de l’échec et de la prise de contrôle de la révolution

Déclenchement de la révolution

Écart entre la réalité et le système de sens existant

Effondrement de la confiance dans le système de sens existant

Absurde

Effondrement du sens et de l’interprétation

Nihilisme·anomie

Affaiblissement du fondement sémantique de l’ordre social

Transformation révolutionnaire

Échec de la révolution

Externalisation du sens

Confrontation avec la réalité

Récupération du droit d’interprétation

Interprétation autonome

Retrait du système de sens existant

Désengagement sémantique vis-à-vis du système

Adaptation individuelle·chacun pour soi·dépolitisation

Échec de la révolution

Logique stratégique de la création d’un environnement révolutionnaire

Critique de l’inadéquation du système de sens existant à la réalité

Effondrement de la confiance dans le système de sens existant

Retard dans l’établissement immédiat d’un sens alternatif

Vide de sens

Nihilisme·anomie

Prise de contrôle après la révolution

Effondrement du système de sens existant

Nihilisme·anomie

Recherche d’un nouveau sens

Apparition d’un nouveau sens

Fourniture d’un sens par un groupe politique particulier

Externalisation du sens

Concentration de l’influence d’un groupe politique particulier

Prise de contrôle de la direction et du résultat de la révolution

Section 30. Synthèse révolutionnaire du Réciprocisme cyclique

Dans le Réciprocisme cyclique, la révolution commence lorsque le système de sens existant perd sa cohérence avec la réalité, entraînant l’effondrement de sa confiance et de sa fonction ainsi que l’apparition du nihilisme·de l’anomie ; si l’individu récupère son droit d’interprétation et se retire du système de sens existant, la révolution peut échouer, mais si, après l’effondrement effectif de l’ordre existant, le vide de sens qui apparaît est externalisé auprès d’un groupe politique qui fournit un nouveau sens, ce groupe prend alors le contrôle de la direction et du résultat de la révolution.

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